« Nous vous
interdisons de contacter un traditionnel sans notre aval. Ces chefs sont à notre
service. Vos lettres ne portent pas l’insigne d’un parti politique ; c’est
pour semer du désordre dans l’esprit des populations pour les inciter à la
révolte contre le régime en place. Si M. Binafame s’était présenté dans mon
bureau, je vous enverrais en prison ; son absence te couvre. Je vous mets
en garde contre tout contact avec les chefs traditionnel que ce soit par écrit
ou par conversation orale. Vous serez responsables de tous les troubles qui se
produiront dans ma préfecture. Vous vous êtes faits remarquer trop tôt et vous
me payerez trop cher si ma préfecture allait à la dérive ».C’est en ces
termes que le préfet militaire a proféré des menaces contre M. Bondjéré
Sanwogou Idaan, membre du bureau fédéral du Comité d’Action pour le Renouveau
(CAR). C’était le mercredi 12 septembre au bureau du préfet dans les locaux de
la préfecture où le militant du CAR
Ce qui vaut ces menaces
à M. Bondjéré, c’est d’avoir voulu en toute légalité exercer une activité
politique dans l’Oti sud. En prélude aux prochaines élections législatives, M.
Bondjéré qui compte s’y présenter a cosigné avec son colistier, M. Binafame
(chargé à la communication du CAR) une lettre d’information adressée aux chefs
traditionnels des différentes localités de cette partie de l’Oti. C’est M. Bondjéré
qui s’est chargé d’apporter les lettres à leurs destinataires. Selon les
propres dires du préfet, certains chefs traditionnels qui ont reçu leur lettre
l’en ont informé. C’est alors qu’il a fait appeler par le Secrétaire Général de
la préfecture MM. Binafame et Bondjéré, le mardi 11 septembre, à se présenter
le lendemain à son bureau. M. Bondjéré s’est rendu seul à la convocation, son colistier ayant fait savoir au S G de la
préfecture qu’il ne peut être présent, parce que n’étant pas dans la
préfecture.
Au cours de la rencontre,
le préfet n’a trouvé mieux à faire que de professer des menaces contre M.
Bondjéré. Le préfet est irrité que dans leur lettre aux gardiens des us et
coutumes, les deux responsables du parti de Me Apévon ont dénoncé la situation
misérable dans laquelle vivent les populations de l’Oti sud et dont ils
imputent la responsabilité au régime en place et à ses élus (les députés) dans
la zone. En effet, MM Binafame et Bondjéré justifient ainsi leur décision
d’être candidats aux législatives : « Nous avons pris cette décision
non pas par simple plaisir, mais par souci de contribuer à sortir notre zone de
sa situation de délabrement caractérisée par le non respect des droits
fondamentaux des populations.
En effet, nos villages
et cantons, par la faute du régime en place et de ceux qui ont été jusqu’ici élus députés, sont privés de leurs droits en termes de besoins
prioritaires en infrastructures de base-forages pour l’eau potable, cases de
santé, dispensaires et centres de santé ; bâtiments scolaires, hangars de
marchés, électricité, pistes rurales,
routes- »
Pour le préfet, la
simple dénonciation de la situation de délabrement dans laquelle se trouve
l’Oti est une tentative d’inciter les populations à la révolte contre le
pouvoir. Du coup, il se croit permis de menacer M. Bondjéré d’emprisonnement
s’il continue de faire parvenir les lettres aux chefs traditionnels qui n’en
ont pas encore reçu
En notre qualité de
journaliste, le comportement du préfet n’est ni plus ni moins qu’une grave
violation des droits politiques des citoyens. Le préfet outrepasse ses
prérogatives et cela est inacceptable. Le ministre de l’Administration
territoriale devrait le ramener à l’ordre avant que l’irréparable ne se
produise. En effet, il ne nous souvient pas que la constitution togolaise fait
obligation à un citoyen d’informer le préfet, encore moins d’avoir son
autorisation avant de s’adresser à une autorité traditionnelle. Par ailleurs,
nous ne pensons pas que le fait que MM. Bondjéré et Binafame aient dénoncé dans
leur lettre la situation dans laquelle vivent les populations de l’Oti sud
constitue une violation des lois togolaises. Rien dans ces circonstances
n’autorise le préfet à interdire une activité politique légale.
·
L’acharnement contre monsieur Bondjéré
En octobre 2011, le préfet,
en présence de l’inspecteur de l’Enseignement du Premier Degré, M. Dzidonu Yao
Doléku avait menacé de prendre des actions punitives à l’encontre de M.
Bondjéré s’il ne cesse pas de mener des activités politiques opposées à celles
du RPT et son président. La présence de l’inspecteur aux côtés du préfet visait
à faire peur à M. Bondjéré qui est enseignant et à cette époque, directeur de
l’Ecole Primaire Publique de Bontroka. Quelques semaines après, il a été
affecté en pleine année scolaire, dans une Ecole d’Initiative Locale (EDIL) à Tchankpbossou
(à un peu plus de 90 km au sud de Mango). Dans ces circonstances, il n’est pas exclu que
demain, il soit affecté loin de la préfecture de l’Oti pour le faire taire.
Binafame