lundi 17 septembre 2012

Le commandant Awaté Hodabalo intimide les militants actifs de l’opposition dans la préfecture de l’Oti.


« Nous vous interdisons de contacter un traditionnel sans notre aval. Ces chefs sont à notre service. Vos lettres ne portent pas l’insigne d’un parti politique ; c’est pour semer du désordre dans l’esprit des populations pour les inciter à la révolte contre le régime en place. Si M. Binafame s’était présenté dans mon bureau, je vous enverrais en prison ; son absence te couvre. Je vous mets en garde contre tout contact avec les chefs traditionnel que ce soit par écrit ou par conversation orale. Vous serez responsables de tous les troubles qui se produiront dans ma préfecture. Vous vous êtes faits remarquer trop tôt et vous me payerez trop cher si ma préfecture allait à la dérive ».C’est en ces termes que le préfet militaire a proféré des menaces contre M. Bondjéré Sanwogou Idaan, membre du bureau fédéral du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR). C’était le mercredi 12 septembre au bureau du préfet dans les locaux de la préfecture où le militant du CAR  
Ce qui vaut ces menaces à M. Bondjéré, c’est d’avoir voulu en toute légalité exercer une activité politique dans l’Oti sud. En prélude aux prochaines élections législatives, M. Bondjéré qui compte s’y présenter a cosigné avec son colistier, M. Binafame (chargé à la communication du CAR) une lettre d’information adressée aux chefs traditionnels des différentes localités de cette partie de l’Oti. C’est M. Bondjéré qui s’est chargé d’apporter les lettres à leurs destinataires. Selon les propres dires du préfet, certains chefs traditionnels qui ont reçu leur lettre l’en ont informé. C’est alors qu’il a fait appeler par le Secrétaire Général de la préfecture MM. Binafame et Bondjéré, le mardi 11 septembre, à se présenter le lendemain à son bureau. M. Bondjéré s’est rendu seul à la convocation,  son colistier ayant fait savoir au S G de la préfecture qu’il ne peut être présent, parce que n’étant pas dans la préfecture.
Au cours de la rencontre, le préfet n’a trouvé mieux à faire que de professer des menaces contre M. Bondjéré. Le préfet est irrité que dans leur lettre aux gardiens des us et coutumes, les deux responsables du parti de Me Apévon ont dénoncé la situation misérable dans laquelle vivent les populations de l’Oti sud et dont ils imputent la responsabilité au régime en place et à ses élus (les députés) dans la zone. En effet, MM Binafame et Bondjéré justifient ainsi leur décision d’être candidats aux législatives : « Nous avons pris cette décision non pas par simple plaisir, mais par souci de contribuer à sortir notre zone de sa situation de délabrement caractérisée par le non respect des droits fondamentaux des populations.
En effet, nos villages et cantons, par la faute du régime en place et de ceux qui ont  été jusqu’ici élus députés, sont  privés de leurs droits en termes de besoins prioritaires en infrastructures de base-forages pour l’eau potable, cases de santé, dispensaires et centres de santé ; bâtiments scolaires, hangars de marchés, électricité, pistes rurales,  routes- »
Pour le préfet, la simple dénonciation de la situation de délabrement dans laquelle se trouve l’Oti est une tentative d’inciter les populations à la révolte contre le pouvoir. Du coup, il se croit permis de menacer M. Bondjéré d’emprisonnement s’il continue de faire parvenir les lettres aux chefs traditionnels qui n’en ont pas encore reçu
En notre qualité de journaliste, le comportement du préfet n’est ni plus ni moins qu’une grave violation des droits politiques des citoyens. Le préfet outrepasse ses prérogatives et cela est inacceptable. Le ministre de l’Administration territoriale devrait le ramener à l’ordre avant que l’irréparable ne se produise. En effet, il ne nous souvient pas que la constitution togolaise fait obligation à un citoyen d’informer le préfet, encore moins d’avoir son autorisation avant de s’adresser à une autorité traditionnelle. Par ailleurs, nous ne pensons pas que le fait que MM. Bondjéré et Binafame aient dénoncé dans leur lettre la situation dans laquelle vivent les populations de l’Oti sud constitue une violation des lois togolaises. Rien dans ces circonstances n’autorise le préfet à interdire une activité politique légale.
·         L’acharnement contre monsieur Bondjéré
En octobre 2011, le préfet, en présence de l’inspecteur de l’Enseignement du Premier Degré, M. Dzidonu Yao Doléku avait menacé de prendre des actions punitives à l’encontre de M. Bondjéré s’il ne cesse pas de mener des activités politiques opposées à celles du RPT et son président. La présence de l’inspecteur aux côtés du préfet visait à faire peur à M. Bondjéré qui est enseignant et à cette époque, directeur de l’Ecole Primaire Publique de Bontroka. Quelques semaines après, il a été affecté en pleine année scolaire, dans une Ecole d’Initiative Locale (EDIL) à Tchankpbossou (à un peu plus de 90 km au sud de Mango).  Dans ces circonstances, il n’est pas exclu que demain, il soit affecté loin de la préfecture de l’Oti pour le faire taire.
Binafame