L'intervention militaire de la France en Côte d'Ivoire et celle actuellement de l'OTAN en Libye suite à des résolutions alambiquées de l'ONU ont été justifiées par les puissances occidentales par le souci de protéger les populations civiles prétendument menacées. Il s'agit d'un vrai faux prétexte pour les occidentaux qui devant la montée en puissance de certains pays asiatiques sur le plan économique, cherchent à faire main basse sur les richesses naturelles du continent africain incapable de se défendre militairement. Mais très peu d'Africains, du fait de la grande manipulation médiatique sont en mesure de comprendre que les événements de Côte d'Ivoire et de Libye sont des signes avant-coureurs d'une recolonisation de l'Afrique. Il faut donc un vaste travail d'éveille des consciences sur le continent de nos ancêtres, le berceau de l'humanité. C'est cet effet que j'ai accordé le 12 mai une interview à l'hebdomadaire togolais ''Le Dauphin''. Je la reprends ici pour les internautes.
Interview de M. BINAFAME Kohan Kidékiyime, président de l’AITAE à l’hebdomadaire Le Dauphin.
Le Dauphin : M. BINAFAME, pouvez-vous nous parler de l’AITAE dont vous êtes le président ?
BINAFAME : L’Association des Intellectuels Togolais pour une Afrique Eveillée (AITAE) est une association que des amis et moi avons portée sur les fonds baptismaux, il y a deux mois. L’AITAE est une association à vocation panafricaniste voulant œuvrer, par la réflexion et l’action, pour faire en sorte que les Africains puissent réellement jouir de leur droit à disposer d’eux-mêmes. De façon concrète, l’AITAE s’efforcera de sensibiliser les populations africaines, notamment togolaises pour qu’elles puissent désigner leurs gouvernants en toute lucidité et sans entrave.
Nous avons créé cette Association parce qu’en dépit des déclarations de principe comme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de plus en plus de personnes, d’Etats, voire institutions s’emploient à empêcher les peuples des pays faibles, en occurrence les Africains de jouir de leurs droits et libertés. Aussi, remarquons-nous des tentatives de sabordage de la démocratie en Afrique par certaines puissances. Les putschs militaires contre les présidents Sidi CheiK Abdoulayi (Mauritanie), Ange Félix Patassé (Centrafrique) et Gbagbo ainsi que les frappes militaires assassines de l’Organisation de l’Atlantique Nord (OTAN) sont des signes de la détermination de l’Occident à recoloniser l’Afrique ou tout du moins la vassaliser afin de piller impunément les richesses du continent. Face à cette situation, nous avons estimé que nous, les Africains, devons nous organiser si nous ne voulons pas connaître des situations douloureuses comme celles de l’esclavage et de la colonisation. L’AITAE s’évertuera, aussi longtemps que le Bon Dieu nous protégera contre ceux qui se comportent comme s’ils ont le permis de tuer les peuples faibles, à éveiller la conscience des citoyens africains pour que notre continent ne retombe pas sous le joug colonial.
Le Dauphin : Qu’est-ce qui vous fonde à croire que l’Occident veut recoloniser l’Afrique ?
M. BINAFAME : Il y a des facteurs qui me fondent à penser que l’Occident ne verrait pas d’un mauvais œil une recolonisation ou tout du moins une vassalisation des Etats africains. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer la situation actuelle de l’Occident à celle de l’Europe à la veille de la colonisation. Il faut se rappeler que deux faits économiques majeurs ont été à l’origine de la colonisation du reste du monde par l’Europe. Le premier fait, c’était le besoin de matières premières et de ressources énergétiques. Suite à sa révolution industrielle, l’Europe avait grand besoin de ressources minières et énergétiques pour faire fonctionner ses industries et pour la fabrication de produits finis. Or, l’Europe n’est pas naturellement bien pourvue en richesses. Ainsi, pour se procurer gratuitement les matières dont elle avait besoin, l’Europe a profité de sa supériorité technique pour soumettre les autres parties du monde, notamment l’Afrique. Le second fait déterminant, c’était la recherche de débouchés pour l’écoulement des produits industriels européens.
Aujourd’hui, il suffit d’observer de près pour se rendre compte que l’économie des pays occidentaux se trouve dans une situation plus compliquée qu’elle n’était à la veille de la colonisation. Les quelques rares ressources minières et énergétiques des pays européens sont en voie d’épuisement. Malheureusement, les puissances occidentales ne peuvent pas se procurer à vil prix les matières premières comme avant à cause de la demande croissante des pays asiatiques et de l’Amérique latine qui connaissent un développement industriel et économique extraordinaires. En d’autres termes, la croissance de la demande en matières premières fait grimper leur prix. Ceci n’arrange pas forcément l’Occident dont l’économie est en récession. Dans le même temps, le coût de la main d’œuvre dans cette partie du monde est très élevé ; ce qui fait que les produits industriels des pays occidentaux ne sont pas compétitifs de nos jours. De plus, l’Asie, la plus grande population du monde (la Chine et l’Inde seules font plus de deux milliards d’habitants) a cessé d’être un débouché pour les produits occidentaux à cause de la montée en puissance des pays comme les chine, l’Inde, le Singapour, Taïwan, la Coré du Sud qui inondent ce vaste continent de leurs produits industriels et agricoles défiant toute concurrence. Le seul endroit au monde aujourd’hui où les produits fabriqués en Occident connaissent encore un sort meilleur, c’est l’Afrique dont la quasi-totalité des pays sont à l’étape du sous développement. Mais ici aussi, la concurrence de la Chine et de l’Inde ainsi que d’autres pays émergents est rude. Face à une telle situation, l’occident cherche à placer à la tête des pays africains des hommes politiques sans aucune ambition réelle pour leurs propres populations et qui sont disposés à brader les richesses de leur pays au profit des multinationales occidentales.
Mais, l’Occident sait que la colonisation au 21e siècle est une idée difficile à accepter. C’est pourquoi il brandit des arguments tels que la protection des civils et la sauvegarde de la démocratie pour cacher ses réelles intentions. C’est ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. C’est ce qui se passe en Libye où certains Etats occidentaux, en toute illégitimité, déversent des tonnes de bombes sur les populations dans le seul but d’installer leurs pions à la tête de ce pays qui constitue l’une des plus grandes réserves de pétrole au monde. En tout cas, je ne vois pas ce qui peut justifier le soutien de la France, de l’Angleterre, de l’Italie, des Etats-Unis et leurs alliés aux rebelles libyens si ce n’est la volonté de mettre fin au règne de Kadhafi pour faire main basse sur les richesses pétrolières. Personne n’est dupe pour croire que les frappes de l’OTAN sont uniquement destinées à protéger les populations civiles.
Le Dauphin : Mais tout de même est-ce que vous ne voyez pas que l’intervention de la France et de l’ONU en Côte d’Ivoire a permis de sauver la démocratie dans ce pays, puisque le président Gbagbo qui a perdu les élections refusait de reconnaître sa défaite et que si malgré tout il était resté au pouvoir, ce serait un précédent dangereux pour l’Afrique ?
Binafame : Votre question insinue plusieurs choses à la fois. Tout d’abord, laissez-moi vous dire que ceux qui (l’ONU, certaines puissances et certains Etats africains) ont clamé haut et fort que le président Gbagbo a perdu l’élection du 28 novembre 2010 n’ont plus été en mesure d’en apporter la preuve de leur affirmation. Leur seul argument, c’est la simple certification d’un individu qui a montré dès le départ qu’il était en mission commandée pour aider Alassane Ouattara à parachever le coup d’Etat qu’il a commencé en septembre 2002. Si en Haïti, l’ONU a accepté recompter les voix de l’élection présidentielle et a refusé de faire la même chose en Côte d’Ivoire, c’est que Ban Ki-Moon, Sarkozy, Barack Obama et leurs complices ont peur que leur magouille soit découverte. Si les Nations unies et les grandes puissances ont préféré l’usage de la force, c’est qu’elles craignent que le recomptage des voix prouve au monde entier que leur protégé n’a pas remporté le scrutin.
Ensuite, il faut rappeler que les résultats proclamés, au Quartier Général de campagne de Alassane Ouattara, par Youssouf Bakayo, le président de la Commission Electorale Indépendante (CEI) ont été obtenus uniquement à base du comptage manuel, alors que tous les acteurs au second tour étaient d’accord qu’il fallait combiner le comptage manuel et électronique. Les résultats obtenus après le traitement électronique des procès verbaux existent bel et bien. Mais la fameuse communauté internationale a fait un black out total sur ça. Or, de toute évidence, le comptage électronique a permis de démasquer des irrégularités massives. Il faut aussi rappeler que dès la clôture du scrutin des personnalités de renom comme Me Joseph Koffigoh et John Jerry Rwalings ainsi que les experts électoraux africains avaient dénoncé des fraudes à grande échelle dans les zones sous le contrôle de la rébellion de Ouattara depuis septembre 2002.
Dire dans ces circonstances que l’intervention de la France et de l’ONU a permis de sauver la démocratie, je pense que c’est chercher à écrire l’histoire à l’envers. C’est plutôt l’imposition de Ouatttara qui est une menace pour la démocratie. En effet, tout porte à croire qu’il y a eu réellement bourrage d’urnes dans la zone contrôlée par les chiens de guerre de Ouattara que les médias du colon s’emploient à appeler Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Si tant est que c’est la sauvegarde de la démocratie qui tient à cœur la communauté internationale pourquoi les donneurs de leçons ne se sont pas montrés émus devant le fait que dans plus de 200 bureaux de vote où le président Gbagbo avait des voix au premier tour, au second il en a zéro ? Il est à craindre que désormais en Afrique tout candidat qui se sent fort bloque une partie entière du pays, bourre les urnes pour se faire proclamer président.
Ce qui s’est passé est un acte condamnable parce que cela constitue une violation flagrante de la charte de l’ONU qui prohibe l’ingérence des les affaires intérieures d’un Etat indépendant. On a prétexté que c’était pour détruire les armes lourdes. Dans ce cas, on peut se poser la question de savoir pourquoi ce sont seulement les armes des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) qu’on a détruites. Qu’on cesse de prendre les Africains pour des petits enfants. Je déplore les nombreuses morts à cause des balles des FDS. Mais pourquoi les monde entier, notamment les médias occidentaux, garde le silence sur les milliers de jeunes patriotes tués près de la présidence de la République du fait des bombardements des chars et hélicoptères des forces françaises.
Le Dauphin : Bonne ou mauvaise, l’intervention de la France a permis de mettre fin aux combats violents en Côte d’Ivoire. Pensez-vous que le pays est sur la voie de la réconciliation ?
Binafame : J’aurais voulu croire que c’est le bout du tunnel, mais je pense que ça sera difficile.
Le Dauphin : Monsieur Ouattara s’y est pourtant engagé. Est-ce à dire que vous ne lui faites pas confiance ?
Binafame : Je crois que ce n’est pas sérieux de me demander de faire confiance à un chef de guerre dont les troupes ont massacré plus d’un millier de personnes dans des églises à Douékoué. Comment est-il possible de penser que l’on peut faire confiance à un anti-constitutionnaliste avéré qui ne compte que sur la force comme moyen d’arriver au pouvoir. Des informations concordantes font état de ce que la victoire militaire du camp Ouattara a été suivie d’une chasse aux pro-Ggbagbo. Aujourd’hui, les médias proches du FPI sont presque tous saccagés. Les responsables du parti de Gbagbo sont tous embastillés. Certaines organisations de protection des droits de l’homme parlent même d’épuration ethnique. Dans ces circonstances, les nouveaux maîtres d’Abidjan ne peuvent pas prouver qu’ils veulent réellement la réconciliation. Il faut des actes forts qui accompagnent les déclarations d’intention.
Le Dauphin : Gbagbo, malgré sa résistance, est tombé, croyez-vous que Kadhafi pourra tenir tête à la coalition internationale ?
Binafame : L’OTAN, dans le cadre de Libye agit comme une organisation terroriste, et face au terrorisme, qu’il soit mené par un islamiste ou par une grande puissance, la seule attitude à avoir, c’est de résister. Il est très facile de penser que Kadhafi va laisser son pays qu’il aime tant à des individus armés au vu et su de tout le monde par des puissances occidentales. Même s’il arrivait qu’il soit assassiné, puisque c’est visiblement ce que veut maintenant la coalition internationale, la postérité lui rendra un hommage mérité.
Le Dauphin : Votre mot de fin
Binafame : Je demande aux Africains de ne pas se laisser manipuler. La réussite du processus démocratique en Afrique est le dernier souci des grandes puissances. Ce qui les préoccupe, c’est l’intérêt de leurs multinationales.